13.10.10




Avec la jubilation qui l'anime, Karim Ghelloussi nous convie à de séduisants voyages. Le temps et l'espace se trouvent convoqués pour des noces inédites où le marié, faisant moisson de toutes les traditions, nous invite à dépasser les inquiétudes que la société post-modenre nous livre en un faisceau désespéré où la posture et le localisme ont force de loi.

Chez Karim Ghelloussi, ces inquiétudes sont le sel d'un imaginaire passionné et ironique, où l'intelligence se leste d'une énergie joyeuse, insolente et cultivée. Le ciel s'éclaircit et nous ivre un horizon largement dégagé où s'inscrit en lettre de feu la vision d'un monde cosmopolite et raffiné, qui puise non seulement à l'héritage culturel de l'artiste, mais également à l'univers kitsch issu de la société industrielle. Devenu un vaste champ d'interrogation, ce monde se déploie dans une transversalité inédite où le roman de l'Astrée peut côtoyer sans risque les fable japonaises de Mizoguchi.

Mais Karim Ghelloussi est aussi un homme de son temps. Si, comme Alfred de Musset, il est bien conscient que l'on ne sait aujourd'hui si l'on marche sur des débris ou de la semence, sa formidable créativité suscite des événements formels où la beauté naît paradoxalement d'une collusion affirmée entre les inconséquences environnementales d'un capitalisme affirmé et ces objets populaires qui furent à leur façon une inspiration maladroite à des valeurs supérieures.

C'est à l'artiste pleinement conscient de sa mission que revient désormais le soin de nous projeter dans un univers qui conjugue les enjeux de notre temps et la part de mystère qui régit le rapport de tout œuvre d'art avec cette liberté d'esprit à l'origine de tout questionnement humaniste.

Patrick Favardin